L'exercice hors établissement

Des enjeux communs sur le plan professionnel

En cours de révision

L’encadrement de l’exercice médical ayant été conçu pour l’exercice en établissement d’une part et l’exercice en cabinet d’autre part, qu’advient-il de toutes ces situations où les médecins exercent leur profession dans des lieux qui ne sont ni des établissements ni des cabinets au sens classique du terme? La question se pose et il n’est pas nécessairement facile d’y répondre.

Certaines de ces situations nécessitent probablement un encadrement assez proche de celui qui, pour le même type d’actes médicaux, existe en établissement, et dont nous avons parlé dans la section précédente. D’autres se rapprochent plutôt de l’exercice en cabinet.

Heureusement toutefois, certains repères demeurent constants. En quelque lieu qu’il exerce et quel que soit son type de pratique, le médecin demeure, en toutes circonstances, un professionnel autonome responsable de ses actes. L’exercice de sa profession, en établissement, en cabinet ou ailleurs, est régi au Québec par le Code des professions, la  Loi médicale, les règlements qui en découlent et le Code de déontologie des médecins. Le médecin a toujours les mêmes obligations déontologiques, que ce soit en matière de compétence, d’obligation de porter secours, de suivi, de respect du secret professionnel ou de son indépendance professionnelle. Certaines dispositions du code ont d’ailleurs été précisées pour mieux guider les médecins face à certaines situations plus préoccupantes. Il a été notamment précisé que le médecin ne peut faire preuve de « dirigisme », c'est-à-dire qu’il doit respecter le libre choix du patient de faire exécuter toute ordonnance là où il veut. Les dispositions pouvant s’appliquer à la location des locaux ont été précisées elles aussi. Les règles sur la pratique en société ont été mises à jour et elles sont beaucoup plus explicites quant aux pratiques acceptables pour les médecins. Les règles entourant la publicité faite par les médecins ont également été précisées. Le nouveau Règlement sur les dossiers, les lieux d’exercice et la cessation d’exercice d’un médecin, adopté en mai 2012, s'adresse maintenant à tous les médecins. Il énonce très clairement les règles concernant les dossiers et les lieux d’exercice et précise la procédure à suivre en cas de cessation d’exercice ou de réorientation. 

Il existe par ailleurs certains repères pour la facturation des actes médicaux. Celle-ci est soumise aux ententes conclues entre le MSSS, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ou la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), selon le cas. Les diverses associations médicales publient également, à titre indicatif, des échelles tarifaires pour les frais chargés aux patients.

Le MSSS exerce également un certain contrôle par le biais de l’émission d’un permis, obligatoire pour les nouveaux modèles organisationnels. Bref, l’encadrement formel est en train de s’ajuster à cette évolution de l’exercice médical. D’ici à ce qu’il soit complété toutefois, les médecins doivent  demeurer vigilants puisque cette évolution soulève quotidiennement de nombreux défis.

Le maintien de la compétence

L’obligation de maintenir sa compétence est inhérente à l’exercice de toute profession, dont la profession médicale. Les besoins  personnels, les contextes de pratique et organisationnels variant beaucoup d’un individu à l’autre, chaque médecin est considéré responsable de sa propre démarche. Plusieurs programmes existent pour soutenir le médecin dans sa démarche personnelle de développement professionnel continu (DPC). À titre d’exemple, le plan d’autogestion du Collège des médecins du Québec propose à ses membres une approche simple et conviviale pour prendre en main leur plan de DPC individuel. Les occasions de développement professionnel sont multiples. La pratique de groupe et le fait d’exercer sa profession dans des milieux où il y a concentration de professionnels de la santé, favorisent les échanges. Toutefois, les contacts cliniques sont autant d’occasions d’apprentissage pour les médecins et aujourd’hui, les possibilités de discuter des cas se multiplient avec l’usage des nouvelles technologies de l’information : télémédecine, téléenseignement, accès facilité aux guides de pratique pour ne nommer que ces possibilités.

Le respect des patients : prise de rendez-vous et communication

En tant que professionnel, il importe également de se donner les moyens concrets de bien desservir la clientèle à qui on offre nos services. Quand ils exercent en dehors des établissements, les médecins sont les premiers responsables à cet égard. Aussi, les systèmes de prise de rendez-vous et de communication méritent quelques commentaires.

Il ne fait aucun doute qu’un système de rendez-vous inadéquat tend à éloigner la clientèle. En revanche, un système efficace l’attire. Il existe une grande variété de formules à cet égard, et chacune présente des avantages et des inconvénients. Il importe que le médecin adopte un système et l’adapte pour qu’il réponde le mieux possible aux attentes de ses patients ainsi qu’à ses besoins et à ses habitudes de travail. Pour la pratique en groupe, il peut être avantageux de choisir une façon de faire commune à tous, afin d’éviter la confusion et les erreurs.

Voici quelques exemples de systèmes de rendez-vous.

  • Le « sans rendez-vous » ― Certains médecins, de plus en plus rares, reçoivent leur clientèle selon le principe du « premier arrivé, premier servi ».  Sauf pour les cas urgents, cette façon de faire peut engendrer de l’insatisfaction, tant chez le médecin et son personnel que chez la clientèle.
  • L’étalement des patients ― Sûrement la méthode la plus répandue, qui consiste à fixer les rendez-vous par tranches de 10, 15, 30, 45 ou 60 minutes. En théorie, c’est la formule idéale, à condition que le médecin et les patients soient ponctuels et que chaque visite n’excède pas le délai prévu. La réalité quotidienne est cependant fort différente.
  • La concentration des patients ― Cette méthode consiste à faire venir un certain nombre de patients à la même heure. Si le médecin prévoit recevoir quatre personnes à l’heure, elles se présenteront toutes au même moment à son cabinet. Inévitablement, le système de concentration des patients en début d’heure entraîne de la frustration chez les patients qui doivent attendre.
  • Le système des périodes libres ― Une autre façon de régulariser le flot de la clientèle consiste à laisser des périodes libres pour pouvoir répondre aux urgences ou aux cas spéciaux. Dans la même optique, des médecins prévoient quelques minutes de répit à la fin de chaque heure pour rattraper le retard, au besoin.

Il est aussi possible de planifier ses  rendez-vous plusieurs mois à l’avance. L’inconvénient de cette façon de faire, c’est qu’il faut parfois annuler ou déplacer des rendez-vous à cause d’une urgence ou d’une activité personnelle, comme un congrès ou des vacances qui n’auraient pas été prévues. 

Les rendez-vous doivent être inscrits dans un registre de rendez-vous. Ce dernier doit être conservé pendant une période minimale de 12 mois. Pour les groupes comprenant plusieurs médecins, il peut  être avantageux d’utiliser un système informatisé, parfois intégré à un dossier clinique électronique local. Il faut alors toujours s’assurer de la sauvegarde et de l’utilisation confidentielle des données de la clientèle.

Dans la situation actuelle, où la demande de services médicaux dépasse amplement l’offre, surtout en première ligne, le défi pour les médecins va plutôt dans le sens inverse. Les médecins doivent apprendre à contenir les demandes à l’intérieur de certaines limites acceptables. Les moyens utilisés pour y arriver sont le plus souvent improvisés et, avouons-le, plus ou moins satisfaisants. Pour pouvoir continuer à assumer le suivi de leurs patients, plusieurs médecins refusent tout nouveau cas.

D’autres délaissent le suivi des patients  pour se consacrer uniquement aux « sans rendez-vous ». Dans certains cas, on  distribue des coupons qui rendent le temps d’attente plus prévisible. À cet égard, une règle de base devrait toujours s’appliquer : offrir le service selon ce qui a été annoncé. Cette règle permet de respecter les patients même lorsqu’il est impossible de  répondre à tous les besoins. Certains repères déontologiques permettent également d’établir des priorités, comme l’obligation d’assurer les soins urgents et le suivi éxigé par l’état du patient.
  
Quelle que soit la solution envisagée, les systèmes de communication jouent un rôle primordial. L’élément essentiel est ici la relation directe qu’il faut établir avec le patient au moment où il utilise les services de la clinique. Deux facteurs favorisent la fidélité des patients : une relation médecin-patient satisfaisante et l’attitude cordiale du personnel.

De tous les outils dont dispose le médecin, le téléphone est certainement un allié des plus précieux. Dans la plupart des cas, c’est au téléphone que se fait le premier contact avec le patient. Comme il est en quelque sorte le miroir de l’organisation, l’accueil téléphonique de la clientèle doit être confié à une personne aimable, courtoise et possédant un bon jugement. De plus, il est important d’établir une politique claire et uniforme concernant  l’acheminement et la gestion des appels téléphoniques. Une procédure rigoureuse et cohérente a un effet favorable sur l’efficience du travail du médecin. À titre d’exemple, il convient de réserver une ligne pour les communications avec les consultants, les pharmaciens et les laboratoires. Le critère pour déterminer le nombre de lignes téléphoniques nécessaires est simple : le nombre optimal qui permet de réduire le plus possible les attentes.

Parmi les autres moyens de communication à la portée du médecin, les systèmes informatiques peuvent être très utiles, notamment pour la facturation à la RAMQ et l’utilisation du courrier électronique. Un vaste projet d’informatisation du réseau de la santé, permettant aux professionnels d’avoir accès à certaines informations utiles au traitement d’un patient (liste des médicaments, laboratoire, imagerie médicale, certaines données nécessaires aux situations d’urgence comme les allergies, etc.), est actuellement en cours au Québec.

Le courrier électronique offre déjà des avantages intéressants : accès rapide à l’information, économie de papier, communication simultanée avec plusieurs personnes, envoi de documents graphiques et, bientôt, transmission de résultats d’examens diagnostiques. Cependant, la sécurité de l’information n’y étant pas toujours garantie, son utilisation requiert la plus grande prudence (voir section Les obligations en vertu d'autres règlements). Cela dit, il ne fait pas de doute que l’évolution des moyens de communication est en train de modifier les pratiques médicales, comme en témoignent plusieurs expériences de « télémédecine », l’exercice de la médecine à distance Lire à ce sujet : COLLÈGE DES MÉDECINS DU QUÉBEC. La télémédecine : énoncé de position, Montréal, Collège des médecins du Québec, 2000.  Quand elle est bien encadrée, la télémédecine peut contribuer à améliorer l’accès à des soins de qualité.

Enfin, d’autres outils sont indispensables au médecin et à son personnel pour servir adéquatement la clientèle : le télécopieur,  les feuillets ou dépliants explicatifs et le répondeur ou les services téléphoniques offerts par l’entreprise privée. Cependant, il faut toujours s’assurer de mettre en place des mécanismes rigoureux pour garantir la confidentialité des dossiers et des communications, qu’elles soient faites par téléphone, par télécopieur ou par Internet. 
                                               

L’accès aux soins et le suivi

Actuellement, ces deux aspects posent plusieurs défis pour les médecins, surtout quand on les met côte à côte. Les médecins savent bien que s’ils acceptent de nouveaux patients, ils devront les suivre. Si bien qu’aux yeux de plusieurs, la seule solution est le travail d’équipe. Il faut toutefois préciser que le travail en groupe ou en équipe ne devrait pas nuire à la prise en charge des patients, au contraire. Malgré les difficultés que cela peut représenter présentement, le médecin doit toujours s’assurer que le patient est pris en charge adéquatement avant de se retirer personnellement de la situation COLLÈGE DES MÉDECINS DU QUÉBEC. « Le suivi médical : il y va de la santé des patients », Le Collège, vol. 48, no 2, printemps 2008, p.15-16.

L’indépendance professionnelle et les aspects administratifs

Plusieurs commentateurs jugent toutefois que les plus  grands défis se situent actuellement sur le plan de l’indépendance professionnelle des médecins, les aspects commerciaux et administratifs créant nécessairement des situations de conflits d’intérêts potentiels. Aussi, nous discuterons du sujet plus en détail.

  • L’achat, la location et la tenue des locaux

        Selon certaines études, environ la moitié des cabinets privés appartiendraient à des médecins et l’autre moitié à des promoteurs financiers ou autres. La décision de louer ou d’acheter est avant tout une question d’affaires.

    Toutefois, quelle que soit la décision du médecin à ce sujet, il doit s’assurer que les ententes conclues lui permettent de respecter le Code de déontologie et d’aménager ou de tenir un lieu de consultation qui satisfait aux normes établies dans le Règlement sur les dossiers, les lieux d’exercice et la cessation d’exercice d’un médecin.

En ce qui a trait aux ententes sur la location, le médecin doit s’assurer qu’elles ne compromettent ni son indépendance professionnelle, ni le libre choix des patients. 

Même si le Code de déontologie des médecins contenait déjà plusieurs dispositions visant à encadrer les conflits d’intérêts et à préserver l’indépendance professionnelle du médecin, il a été modifié le 1er mars 2008, afin d’établir de nouvelles règles en matière de baux. Il y est maintenant spécifié que le médecin doit s’abstenir d’accepter, à titre de médecin ou en utilisant son titre de médecin, toute commission, toute ristourne ou tout avantage matériel, à l’exception des remerciements d’usage et des cadeaux de valeur modeste (art. 73, par. 3).

On exige que toute entente conclue par un médecin visant la jouissance d’un immeuble ou d’un espace pour exercer sa  profession soit entièrement constatée par écrit, qu’elle indique être conforme au Code de déontologie des médecins et qu’elle soit communiquée sur demande au Collège des médecins du Québec (art. 72). De plus, le Code spécifie que la jouissance d’un immeuble ou d’un espace en contrepartie d’un loyer gratuit ou à rabais sera considérée comme un avantage matériel prohibé par le  Code  s’il est consenti par un pharmacien ou une société dont il est associé ou actionnaire, une personne dont les activités sont liées, directement ou indirectement, à l’exercice de la pharmacie, ou une autre personne dans un contexte pouvant comporter une situation de conflit d’intérêts, réel ou apparent (art. 73.1). 
                                               
Pour mesurer la portée de ces modifications et illustrer de façon concrète quelle est la conduite attendue des médecins à  cet égard, précisons d’abord que toute entente ou tout bail doit être exempt de conditions ayant une incidence sur l’indépendance professionnelle du médecin, en régissant notamment l’acte de prescription ou l’orientation de patients à la suite d’une ordonnance. Ajoutons que le bail conclu par un médecin avec un professionnel ou une personne, physique ou morale, procédant à la vente de biens, produits, médicaments ou appareils prescrits par le médecin devra faire état d’un loyer juste et raisonnable pour ne pas être considéré comme un avantage matériel prohibé par le Code. Juste et raisonnable signifie que le loyer est en lien avec les conditions socioéconomiques de la région et avec la nature et l’intensité des services fournis. Le calcul du loyer pourrait être fonction d’un tarif horaire ou encore de la surface utilisée.

Y a-t-il des situations où le médecin peut conclure un bail à des conditions avantageuses ou même accepter un loyer gratuit ? Oui. Dans certains cas, ces ententes, prises en fonction de diverses conditions socioéconomiques particulières, permettent à un médecin d’exercer sa profession dans une région en pénurie, alors que dans d’autres, elles assurent la distribution de soins médicaux et favorisent l’interdisciplinarité. Prenons, par exemple, le cas du médecin qui bénéficie de locaux gratuits ou à un prix réduit et des services d’une infirmière dans une résidence privée pour personnes âgées en perte d’autonomie ; ou celui du médecin qui, quelques jours par mois, met gratuitement un local à la disposition d’un médecin consultant, dans le cadre de l’offre d’une gamme de soins intégrés au patient. Il en est de même pour le médecin qui accepterait d’exercer quelques jours par mois en région éloignée dans un local gratuit rendu disponible par la municipalité. Par ailleurs, il importe,  dans tous ces cas, de bien retenir que l’intervenant avec lequel le médecin prend entente n’est pas lié, directement ou indirectement, à l’exercice de la pharmacie, la vente de médicaments, produits, appareils ou biens que le médecin prescrit. 

En somme, tous les médecins qui ont conclu une entente relativement à la jouissance d’un bien ou d’un espace pour l’exercice de la profession médicale doivent s’assurer, que cette entente est entièrement écrite et qu’elle comporte une déclaration des parties attestant que les obligations qui en découlent respectent le Code de déontologie des médecins ainsi qu’une clause autorisant la communication de cette entente au Collège des médecins, sur demande. Les fédérations médicales proposent sur leurs sites certains modèles d’ententes locatives.

  • Les modes d’association et les types de sociétés
    Le médecin, qu’il exerce hors établissement ou en établissement, peut être partie à un contrat de société assujetti au Code civil du Québec. Dans ce contrat, il convient avec ses associés, dans un esprit de collaboration, d’exercer ses activités et de contribuer au bon fonctionnement de la société selon certaines modalités, incluant ou non la mise en commun de biens et de connaissances et le partage des bénéfices pécuniaires qui résultent des activités. 

    —  Les sociétés de personnes : une relation intense

    Pour constituer une société de personnes, il faut la conjugaison de trois éléments essentiels : l’apport et le partage des bénéfices ainsi que l’intention de former une société. Dans ce cas, il y a mise en commun et partage des honoraires. Depuis peu, les médecins peuvent s’incorporer pour former une société en nom collectif à responsabilité limitée ou une société par actions. La société en nom collectif (SENC) présente des avantages, mais elle exige un ensemble de conditions, notamment l’adhésion des partenaires à une même philosophie, une confiance étroite et  mutuelle et des besoins financiers comparables. En outre, contrairement à la société de dépenses, la société en nom collectif suppose la responsabilité mutuelle au prorata des parts déterminées dans le contrat.

    Depuis juin 2001, le  Code des professions permet que les ordres professionnels adoptent un règlement  afin que les professionnels puissent exercer leurs activités au sein d’une société en nom collectif à responsabilité limitée (SENCRL) ou d’une société par actions (SPA). Le Collège des médecins a adopté un tel règlement, entré en vigueur le 22 mars 2007. Le règlement et les modalités relatives à l’exercice en société peuvent être également consultés dans la section Exercice en société du site Web du Collège.

    Contrairement aux associés d’une SENC, les médecins associés d’une SENCRL ou d’une SPA ne sont pas exposés solidairement à répondre des actes professionnels de leurs associés s’ils n’ont pas participé à ces actes. Par contre, la responsabilité professionnelle envers le patient demeure inchangée. L’article 8 du Code de déontologie a d’ailleurs été modifié pour le préciser. Le médecin exerçant sa profession au sein  d’une telle société doit fournir et maintenir, pour cette société, une garantie contre la responsabilité que cette société pourrait encourir en raison des fautes ou négligences commises par les médecins exerçant au sein de celle-ci. 

    Ce règlement permet donc aux médecins d’exercer au sein de ces types de sociétés. Toutefois, ils peuvent le faire dans la mesure où ils détiennent la totalité des parts sociales ou des actions avec droit de vote et qu’ils composent la totalité du conseil d’administration de la société.

    Selon les règles adoptées par le Collège, les autres actionnaires ou associés ne peuvent être que :
    - d’autres médecins;
    - le conjoint, des parents ou alliés du médecin actionnaire ou sociétaire;
    - des personnes morales, des fiducies ou des entreprises dont les droits de vote rattachés aux actions ou aux parts sociales  sont détenus à 100 % par des médecins ou par le conjoint,  un parent ou un allié du médecin actionnaire ou sociétaire.

    Pour exercer dans l’une de ces structures, les médecins doivent être autorisés par le Collège. Les médecins devraient consulter des professionnels pour connaître l’ensemble des démarches à effectuer.

    —  La société de dépenses : une formule souple 

    Le médecin peut aussi s’associer pour former une « société de dépenses », aussi appelée « société nominale ». La société de dépenses regroupe deux professionnels ou plus qui veulent partager, de façon égale ou non, selon le contexte et leur choix, les dépenses liées à leur exercice professionnel tout en conservant individuellement leur clientèle et leurs revenus. Curieusement, il existe peu de textes sur la nature juridique de ce mode d’association très courant et des responsabilités qui en découlent. 
                                                   
    Les avantages qu’offre la société de dépenses sont, entre autres : l’utilisation rationnelle des ressources humaines, le partage des gardes, l’assurance de trouver des remplaçants, l’occupation maximale des locaux, les contacts entre associés, une certaine liberté, un pouvoir d’achat accru pour l’acquisition de matériel, un début de pratique facilité et  le respect du rythme de travail de chacun. En revanche, dans ce type de société, la concurrence est plus forte et l’esprit d’équipe moins développé que dans les sociétés de personnes.

    Il existe une formule, la répartition mixte, où l’on distingue les frais fixes des frais variables. En général, les frais fixes comprennent les charges qui ne varient pas en fonction du volume d’activités, tels le loyer, le téléphone, le matériel de bureau et une partie du personnel. Certaines associations excluent diverses dépenses du partage, dont l’achat de livres et de périodiques, les cotisations professionnelles, les frais de participation aux congrès et colloques ainsi que les coûts d’utilisation d’un véhicule. D’autres fixent une limite au partage afin de ne pas pénaliser les membres qui travaillent un plus grand nombre d’heures.

    —  Le contrat d’association

    Comme on peut le constater, les types d’association sont nombreux, et aucun n’est meilleur ou pire que l’autre eu égard à la pratique médicale. Les avantages et les inconvénients relatifs sont plutôt d’ordre organisationnel, financier et plus particulièrement fiscal. Les médecins qui décident de travailler en association ont la liberté mais aussi la responsabilité de définir les ententes qui leur conviennent. La première étape de l’établissement  du contrat d’association consiste à déterminer les modalités de l’entente. Elles doivent être suffisamment précises pour prévenir des problèmes d’interprétation et assez souples pour laisser une marge d’autonomie suffisante aux signataires. Les clauses tiennent compte des besoins individuels et sont rédigées en fonction du type de société choisi. Le nombre de clauses dans un contrat est variable. À titre indicatif, voici la liste des clauses les plus importantes :

    ƒ - l’objet du contrat et la raison sociale;
    ƒ - la durée du contrat;
    ƒ - la mise de fonds et les conditions d’association;
    ƒ - la propriété des biens meubles;
    ƒ - l’administration de la société;
    ƒ - la responsabilité professionnelle;
    ƒ - la charge de travail;
    ƒ - le partage des dépenses et des honoraires, s’il y a lieu;
    ƒ - l’obligation de maintien de la compétence et la politique concernant les vacances et la participation aux congrès et colloques;
    ƒ - le congé sabbatique;
    ƒ - l’absence pour cause de maladie;
    ƒ - le congé de maternité;
    ƒ - les modalités de transmission ou de conservation des dossiers en cas de dissolution du groupe ou de départ de l’un des membres;
    ƒ - la dissolution de la société;
    ƒ - le départ ou le décès d’un membre associé;
    ƒ - le recrutement d’un membre de la famille;
    ƒ - la période de l’exercice financier;
    ƒ - l’arbitrage.

Il est fortement recommandé de retenir les services de professionnels spécialisés en fiscalité pour la rédaction du contrat.

▪  Les règles concernant la publicité et les déclarations publiques

Le Code de déontologie des médecins a été modifié afin d’y créer une section spécifique traitant de la publicité et des déclarations publiques faites par les médecins.Il est possible de consulter dans le site Web du Collège les nouveaux articles du code concernant la publicité, ainsi qu’un guide pour leur application intitulé Le Médecin, la publicité et les déclarations publiques.

Le Collège reconnaît ainsi l’existence de nouvelles pratiques de marketing et l’émergence de nouvelles technologies de l’information, dans un contexte où plusieurs soins et services, qu’ils soient couverts ou non par le régime d’assurance maladie, sont annoncés publiquement. Cette section fait écho au Code des professions, qui responsabilise et engage le professionnel face aux messages publicitaires annonçant les services qu’il fournit  (article 60.1).  La pierre angulaire des nouvelles règles est l’honnêteté du message. Certaines pratiques qui étaient interdites ne le sont plus, à moins qu’elles ne contribuent à biaiser l’information. Le médecin doit par contre indiquer clairement son titre de médecin de famille ou dans une autre spécialité (voir section sur la publicité).

Par la même occasion, le Collège a réitéré la règle voulant que le médecin affiche le prix des services, fournitures et frais accessoires qu’il facture aux patients (Loi sur l'assurance maladie, article 22.0.0.1, Code de déontologie des médecins, article 105). 

Les responsabilités du médecin employeur

La Loi sur les normes du travail régit l’ensemble des relations de travail du médecin employeur avec ses employés. Dans le cadre de ses activités professionnelles, le médecin doit composer avec des contraintes liées à son emploi du temps et à l’application de normes de gestion. S’il veut consacrer la plus grande partie de son temps à la pratique de la médecine, il doit s’entourer d’un personnel compétent et fiable. De fait, l’efficacité passe par la délégation de pouvoir et par la répartition adéquate des tâches et des responsabilités en fonction des compétences respectives des employés.

De plus, le médecin doit répondre des actes accomplis par son personnel à titre de commettant. Il est donc important qu’il détermine le plus précisément possible les situations dans lesquelles son personnel doit lui demander d’intervenir auprès d’un patient, par exemple pour répondre à un message téléphonique, ou l’aviser des incidents qui surviennent. Il importe également que le personnel s’engage à respecter les règles de confidentialité. Une saine gestion du personnel repose sur la qualité des relations humaines. Il est bien connu que l’on obtient le rendement maximal des employés lorsqu’on les considère comme des partenaires et qu’on les traite avec respect. À titre d’employeur, le médecin a plusieurs obligations. Pour cela, il doit apprendre l’art de déléguer et de laisser son personnel de confiance prendre des initiatives tout en supervisant le travail adéquatement et en en demeurant responsable.

Dernière mise à jour: 2012-12-19